Assez bien, est-ce suffisant ?
Écrit par Mette Bjergbæk Klausen

Nous testons de nouvelles approches à l’enseignement axées sur l’apprenant et sur ce que ce dernier doit faire, et non sur ce que l’enseignant veut enseigner. Nous voulons promouvoir la transformation et pas juste transmettre des connaissances. Mais tout changement est difficile.

La voiture avance lentement dans la ville congestionnée de Freetown. M. jalloh est notre capitaine avisé dans cette myriade de véhicules, motos, ke-kes (pousses automatiques), vendeurs ambulants, écoliers et autres banlieusards qui regagnent leurs domiciles après une longue journée. C’est la sortie Est très redoutée, un endroit connu pour ses grèves du zèle (bouchons) et embouteillages. De manière générale, le trafic laisse l’impression d’être en arrêt plutôt que d’avancer sur ces rues étroites, principales artères du lourd trafic partant du port à conteneurs pour le reste du pays.

Généralement, aucune excuse n’est assez bonne pour que je me retrouve dans un tel chaos et pas même le fait d’y exposer mon collègue Brian. Même M. Jalloh, qui – après une longue carrière en tant que chauffeur du diocèse habitué au trafic de Freetown – semblait dubitatif à l’idée de traverser la sortie Est à des heures de pointe. Nous n’avions malheureusement aucune alternative. À l’extrême est de cette partie de la ville, sur un chemin en terre inconnu, même pour M. Jalloh (et force est de le préciser !), un groupe SEAN se rencontre ce soir.

David, le leader du groupe, est l’une des personnes ayant été formées lors du dernier atelier des leaders de groupe, que j’ai eu la chance d’abriter avant Noël. Nous avons gardé contact via Whatsapp (une application de messagerie très utilisée en Afrique de l’ouest). Je sais donc que David et son groupe ont déjà parcouru la moitié du cours en ce moment. Je suis très curieuse de voir une session en cours et d’échanger avec les participants pour avoir leurs impressions sur le cours. J’y tiens tellement que je suis prête à être coincée à la sortie Est pendant quelques heures. Brian me rejoint parce qu’il est un expert en méthodes d’apprentissage et j’ai besoin de son expertise vu que nous travaillons sur une nouvelle approche de la formation de manière générale.

Tous les cinq participants du groupe étaient présents. Ils ont tous hâte de nous raconter les grands changements qu’ils ont observés dans leurs vies en suivant ce cours. Il est souvent difficile d’amener les gens ici à dire la vérité parce qu’ils sont trop polis pour le faire. Mais dans ce cas précis, les témoignages parlaient d’eux-mêmes. Ce cours a permis aux gens d’avoir un temps sacré, malgré leur emploi du temps chargé, durant lequel ils réfléchissent sur leur foi, leur vie et sur comment combiner les deux. En conséquence, ils ont tous expérimenté des changements positifs dans leurs vies. Ils aiment le vocabulaire simple utilisé pour expliquer des choses difficiles et les illustrations qui ne sont pas accompagnées de mots.

La session commence, et nous pouvons aussitôt constater que le groupe n’utilise pas les matériels tels que prévu. En principe il devrait y avoir des études personnelles, des études de groupe, l’application pratique, le leader de groupe étant le facilitateur qui, à l’aide d’un manuel, dirigerait le groupe durant ce temps de réflexion. Ce groupe a opté pour une approche différente. Ils combinent les études personnelles et les études de groupe, ne tenant aucun compte du manuel du leader de groupe et faisant du leader de groupe un enseignant, mais dans ce cas-ci, un excellent enseignant qui fait beaucoup participer ses élèves. Ils ont en quelque sorte anticipé sur la nouvelle approche.

Cela a été un sujet de réflexion sur le chemin de retour dans la voiture ce soir-là. Les participants bénéficient réellement du cours. Des choses se passent dans leurs vies et leur foi grandit. Bien, David est un enseignant très doué et dévoué, qui se soucie profondément de ses membres et fait tout ce qui est en son pouvoir pour s’assurer qu’ils participent activement et comprennent le message.

Toutefois, la méthodologie du cours n’est pas respectée, pourtant elle a été élaborée, testée et améliorée par des personnes compétentes et s’est avérée très efficace. Cela nous pousse à nous poser une question : Devrions-nous accepter que ce cours soit utilisé différemment étant donné qu’il produit des résultats positifs ? Ou devrions-nous insister pour que ce groupe et les groupes futurs utilisent la méthodologie initiale étant donné qu’elle produira de meilleurs résultats ?
J’ai un eu échange long et fructueux avec David, le leader de groupe quelques jours plus tard. Il aimerait pleinement se servir de la nouvelle méthode mais l’a trouvée difficile. Elle va à l’opposé de ce que lui et les membres de son groupe considèrent comme une formation.

Si nous voulons que la nouvelle méthode soit utilisée, quelque chose doit changer ; soit la formation des leaders de groupes, le manuel du leader de groupe ou le suivi des sessions de groupe, soit tous ces aspects. Nous devons aussi prendre en compte le fait que la forme prévue est si différente qu’il serait difficile pour les leaders de groupe et les participants de l’accepter totalement. Un certain impact est mieux qu’aucun impact. Nous courons le risque que les gens rejettent totalement le cours si il trop difficile à comprendre pour eux. De grandes réflexions dans une petite voiture ! Nous devons absolument réfléchir sur ceci dans les prochains jours. Nous devons continuer d’essayer et peut-être faire des erreurs desquelles nous apprendrons pour mieux faire la prochaine fois. Avec un peu de chance les gens feront preuve de patience envers nous en attendant.